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La fantaisie finale
Lorsqu’on me demande quel est mon jeu-vidéo préféré, j’ai toujours envie de répondre du tac-au-tac « Final Fantasy VII ». Réaction instinctive, presque épidermique, tant ce titre a été pour moi une révélation, ou plutôt une révolution. Et oui, ce fut le premier RPG auquel je jouais, c’est donc avec « FF7 » que j’ai découvert que le jeu-vidéo ne se limitait pas à du scrolling en 2D de la gauche vers la droite.
Les rumeurs concernant un éventuel remake de ce titre devenu iconique courent sur la Toile depuis le début des années 2000. On a même vu fleurir des teasers officiels, Square-Enix toujours à la pointe de la communication claire et efficace ayant décidé d’entretenir ce qui deviendra une arlésienne.
Bref, speedrun jusqu’en l’an de grâce 2021, voici que tombe la… 1ere partie du remake. J’en roucoulais tellement fort que les autres pigeons trouvaient ça bizarre. Honnêtement, même si ça crève les yeux que le format épisodique n’est justifié QUE par des raisons capitalistiques, l’idée de retourner à Midgard et de foutre une branlée à la Shin-ra corporation en 4k full-HD Omnislash, ça donne envie.
Merci le marché du jeu-vidéo physique permettant encore de se procurer une copie officielle à un prix décent, et nouveau speedrun 5 ans plus tard, j’ose enfin m’aventurer dans cette nouvelle mouture, dont je livre ici un avis tranchant comme un coup de Hardedge.
Accueilli par un écran-titre aux sonorités familières et réorchestrées à merveille, dès le début de l’aventure, l’on ne peut que louer la beauté clinique du jeu. C’est fluide, c’est suintant, c’est fumant, c’est coloré, ça semble gigantesque : ouah, la claque est foudroyante ! La mise en scène reprend presque à la frame près le début du titre originel, avec un protagoniste, Cloud, qui transpire une classe affolante. Côté ambiance, ça se pose là ! Gâté par une direction artistique folle, le jeu nous immerge en quelques secondes. Ça va être épique !
Je retrouve facilement mes marques avec le système des Matérias, ces orbes magiques que l’on équipe sur les armes et les accessoires de notre avatar : feu, foudre, glace, sort de soin, poison, mais aussi effets passifs pour se protéger d’un élément, pour augmenter ses HP, pour ajouter des dégâts élémentaires à son arme, ou bien des actions comme le vol d’objets, etc. Et bien sûr, les Matérias spéciales permettant d’invoquer une entité surpuissante en plein combat. Si dans le titre de 1997 ces fameuses invocations n’arrivaient qu’après un premier tiers du jeu, donc après l’échappée de Midgard, ici c’est assez tôt dans l’aventure que l’on pourra invoquer Shiva, Ifrit ou les Chocobos pour nous prêter main forte.
Une nouvelle fonctionnalité présente ici consiste à améliorer les armes de nos personnages, à l’aide de points « AP » gagnés au fur et à mesure des combats. Ces améliorations peuvent influer sur les HP, les MP, les dégâts, le nombre de Matérias que l’on peut équiper sur une arme, etc, etc.
Les premiers combats me font penser à du action-RPG classique, façon Kingdom Hearts, mais ici on peut tout de même quasiment stopper l’action en appuyant sur « X » afin de sélectionner un Item ou un sort, ou encore alterner avec les autres membres de notre équipe. C’est d’ailleurs lorsque Barrett nous rejoint que l’on commence à entrevoir un léger couac (spoiler : le couac est une énorme merde), puisqu’il est peu intéressant d’alterner d’un personnage à un autre. Il suffit de bourriner sur « Carré » pour défoncer les ennemis à grands coups de pelle à tarte, et de temps en temps, lancer un sort pour rendre le tout un peu plus fun.
Puis viennent les combats avec trois, quatre ou cinq ennemis, et là, on comprend que le couac est un peu plus gênant. En effet, ça commence vite à être le bordel à l’écran. On ne sait pas où sont tous les ennemis, certains t’attaquent depuis ton angle mort, mais bon ce sont des mobs de base qui ne font pas de gros dégâts.
Arrive enfin le premier boss, où je me suis dit « OK c’est quoi le souci ? ».
Bon. On va faire simple. Le système de combat est un foirage dans le grandes largeurs. Honnêtement je ne suis pas étonné, vu le merdier qu’était « Final Fantasy XV », de voir que Square-Enix n’arrive toujours pas à pondre un système de combat hybride action/tour-par-tour qui soit agréable à jouer. Alors oui, le système originel de « FF7 » est daté et dans ce remake, avoir de la nouveauté et du nerveux, c’est plus que souhaitable.
Mais là ? Ce résultat ? Non merci !
Donc en gros, t’as soit des combats contre des mobs où tu t’ennuie sévère car ils n’ont aucun intérêt, soit des combats contre des boss qui vont te donner du fil à retordre parce qu’ils ont des capacités uniques et peuvent t’enchaîner des combos. Truc étrange, pour quasiment TOUS les boss je me suis fait démolir lors du 1er essai, avant de les aplatir à mon tour sans rien changer à ma stratégie, lors du 2è.
Impossible d’utiliser un sort ou un objet avant d’avoir rempli la jauge d’ATB en allant bourriner comme un sourd, donc on commence toujours en allant taper, taper, taper. Impossible de se buff avant d’aller au contact.
C’est systématiquement le leader du groupe (le personnage contrôlé par le joueur) qui sera ciblé par les ennemis. Les autres seront presque toujours ignorés. Il suffit donc de passer d’un personnage un peu trop blessé à un autre pour lui laisser le temps de se faire soigner et de revenir à notre personnage principal, Cloud 99 % du temps pour finir le travail.
Le bordel monstrueux. T’es tranquillement en train de taper sur un des minions que le boss a fait pop mais tu peux être certain que le boss va t’envoyer un truc dans ton dos, chose normale en soit, qui devient rageante dans le sens où t’as pas vraiment moyen de parer ou d’esquiver le coup.
Car oui, il y a un système de parade et d’esquive. On peut faire des roulades à la Dark Souls pour éviter un sort ou un coup, ou on peut parer afin de réduire les dégâts de moitié, et si on pare correctement on peut contre-attaquer. Mais pour parer correctement, il faut arriver à lire un peu ce qu’il se passe sur le champ de bataille, ce qui n’est jamais le cas ici.
Tous les ennemis ont une barre de « choc » que l’on doit remplir en frappant, ou en envoyant le bon sort qui fait un peu plus remplir la barre de choc qu’un coup classique. Ce sera souvent le seul moyen de venir à bout d’ennemis retors (notamment dans les égouts) car une fois la barre de choc remplie, les dégâts seront démultipliés pendant quelques secondes, à chaque fois qu’un coup fera mouche. Et donc il faudra bourriner pour mettre le plus de dégâts possibles le plus vite possible.
C’est quand même assez con pour un Final Fantasy de foirer la moitié de son gameplay. Mais ne vous en faites pas car l’autre moitié du gameplay est également totalement nulle ! Oui !
Mais peut-on encore parler de gameplay quand les phases hors combat se cantonnent à être de simples couloirs de luxe ? Partout, tout le temps, on suit des boyaux, avec partout, tout le temps des actions scriptées pour passer par dessous ou par dessous un obstacle. Et on s’emmerde. T’as des coffres et des Matérias cachés dans les angles morts, OK. Et puis t’as une zone où il faut faire bouger des passerelles pour accéder à différentes plates-formes. Et sinon ? Des couloirs.
Et puis, une palanquée de séquences inter-cinématiques. Où t'as une cinématique qui se termine, où tu reprends le contrôle de Cloud, pour aller ouvrir une porte à 3 mètres et hop, nouvelle cinématique. Du grand art, qui se répète encore. Et encore.
Oui, les bidonvilles des secteurs inférieurs de Midgard offrent une illusion de liberté. Ces zones où quelques quêtes secondaires nullissimes sans la moindre exception, vont rallonger la durée de vie de quelques heure chiantes et supplémentaires.
Parce que oui, faire rentrer le premier tiers de « FF 7 » dans un jeu dit complet en 2021, ça demande du remplissage, et dans ce remake, du remplissage, tu en as jusqu’à l’écœurement le plus complet. Si la mise en scène est superbe, avec de magnifiques cinématiques, le scénario est quant à lui étiré comme pas permis.
Alors que ça aurait été génial sur le papier d’en savoir plus sur Biggs, Wedge et Jesse, on s’ennuie dans les pans du scénario qui les concernent. Il y a même un passage dans la maison des parents de Jesse, mais auquel on ne peut pas assister car il faut aller voler un truc en douce. C’était LE meilleur moment pour faire de l’exposition, mais non. On va faire une action moisie dans un décor triste afin d’apporter un peu de contenu à l’histoire originale.
Et les ajouts purs et durs sont nuls ! Notamment les fantômes qui servent selon le bon vouloir des scénaristes, de Deus-ex machina ou bien d’emmerdeurs : PARCE QUE C’EST LE DESTIN !
Il y a bien une partie du jeu qui est pas trop mal : celle où l’on « infiltre » le QG de la Shin-ra, donc en gros dans le dernier tiers. Ici au moins c’est justifié de rouler sa bosse dans des couloirs, les décors changent un peu, et tout le lore, apporté sans subtilité, est intéressant.
S’ensuit hélas pour la fin du jeu une sorte de combat-rush qui devient vite relou, jusqu’à un dénouement sorti… mais d’on ne sait où ? Enfin bon, fallait bien justifier une suite et inciter les gens à acheter le jeu suivant où l’on va combattre le type à qui on vient de mettre une branlée avec la capacité à laquelle on a accès dès le début du jeu.
C’est un remake de la honte, Square-Enix, allez vous faire foutre avec votre truc mal branlé de tous les côtés.