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Red Dead Redemption 2

News postée le 11-03-2019
Tags reliés à cette news : red dead redemption, rockstar, jeux-video,
Dans la catégorie jeux-video

Red Dead Redemption 2


La rédemption de la mort rouge est de retour. L'oeuvre peut à elle seule redéfinir le concept d'hyperbole tellement elle renverse, tel un cheval lancé au galop, toutes les limites du jeu vidéo. Avec un budget qui tutoie presque le milliard de dollars, une équipe de 1000 personnes, 7 ans de développement à un rythme frôlant l'indécence, 500 acteurs motion-capture, des dizaines de milliers de lignes de dialogue... je m'arrête là pour l'énumération affolante des records indécents affichés par Rockstar.

Une telle machinerie peut-elle encore être ou paraître réaliste ? A l'échelle humaine, celle du joueur, RDR2 est-il trop énorme pour être vrai ? Ou au contraire, est-ce là le prix à payer pour réduire encore ce qui sépare le réel du virtuel ?

Posons tout d'abord le contexte historique de cette fiction. RDR2 est une préquelle, se déroulant quelques années avant son ainé. Il faut savoir que RDR premier du nom prenait place en 1911, ce qui est déjà une période très avancée pour un western. Alors si le principe même de la préquelle ne m'enchentait pas de prime abord, force est de constater qu'il y avait ici une certaine logique et non pas une simple paresse scénaristique. En effet, nous retrouverons beaucoup de personnages croisés dans le premier simulateur de far-west de Rockstar, levant de fait le voile sur des questions que l'on ne se posait pas forcément.

C'est donc dans la peau d'Arthur Morgan que nous allons évoluer. Bandit au grand coeur ou salaud de grands chemins, c'est à celui qu tient la manette d'en décider. Son destin sera quoi qu'il arrive, lié à celui du gang du charismatique Dutch Van Der Linde dont il est le bras droit. Plus une communauté qu'un gang, c'est même une famille dont le joueur sera le rejeton adoptif, qui sera au coeur de l'intrigue principale. De plans foireux en mésaventures, de coups tordus en trahisons, un fil conducteur mis en scène tantôt de façon bancale, tantôt de manière magistrale, rythmera une bonne cinquantaine d'heures de jeu. La partie emmergée de l'iceberg.

Car RDR2, c'est aussi et surtout un monde ouvert immersif, qui regorge de milliers de détails, d'évènements, de situations étranges, de dizaines de missions scénarisées et loufoques dans le plus pur style Rockstar. Mais avant tout, RDR2 est un titre qui pour être apprécié, demande de prendre. son. temps. J'ai lu et vu beaucoup de critiques qui reprochaient au soft d'être lent, lourdaud, tout sauf "fun". Réagir ainsi c'est tout simplement passer à côté de l'esprit insufflé par les créateurs. Hormis dans quelques missions du scénario, vous ne trouverez pas d'action effrénée, c'est vrai. La plus grande partie de l'aventure prendra place dans les grands espaces, où tout peut arriver. Chasser et pécher seront vos occupations principales au début du jeu, si vous voulez vous imprégner de ce qui fait l'essence même du titre. Déambuler dans les forêts, escalader les promontoires rocheux, bref explorer le monde immense qui s'étend sous nos yeux seront les premiers pas vers des découvertes qui mèneront Arthur jusque dans les recoins les plus intimes de la carte. La chasse aux trésors à l'aide de cartes à moitié mangées, les enquêtes sur les traces de psychopathes dépeceurs ou de personnes disparues, la recherche des animaux "légendaires", et toutes les activités annexes (fossiles de dinosaures, attrapes-rêves...) font de RDR2 un bac à sable dans lequel il est impossible de s'ennuyer.

Mais il faut accepter de prendre. son. temps.

RDR2 c'est à mon sens, le roleplay poussé à son paroxysme. On vit avec Arthur, on se repose avec Arthur. Dans un monde extrêmement violent, Rockstar a crée certains des moment les plus buccoliques et poétiques qu'il m'ait été donné de voir dans un jeu vidéo. Des moments, pas forcément scénarisés, mais poignants et touchants, voire berçants. Pour cela, les développeurs ont poussé le réalisme de certaines actions extrêmement loin. Les mouvements sont détaillés au maximum, les actions les plus élementaires bénéficient d'un soin du détail rarement vu. Si le dépeçage de lapins ou de biches est très cru, il est une belle illustration du niveau exemplaire de peaufinage apporté à l'oeuvre.

Difficile de parler de RDR2 sans évoquer son rendu graphique et audio. C'est une claque. Une énorme baffe, un pur délice visuel et sonore. Tout en restant fluide comme jamais, nous sont offerts les paysages les plus vastes et les plus grandioses du 10é art. Joué au casque, Red Dead sort le grand jeu. Les rues de Saint Denis grouillent de vie et de bruits, les sous-bois et les ruisseaux semblent s'inviter dans le salon du joueur, les vautours, les ours ou les pumas en embuscade n'ont jamais semblé aussi dangereux.

Tout cela apporte donc un monde ouvert plus crédible que jamais, mais encore une fois, pour l'apprécier, pour le dompter il faut avoir pris le temps de le comprendre. D'aucun ne pourrait se vanter d'avoir terminé ce jeu sans avoir traqué une proie dans les montagnes, ou être passé chez le barbier, ou avoir pris un verre au saloon et égréné de longues minutes de pocker. Ou avoir brossé son canasson. Ou avoir pris un bain. Tout cela est optionnel certes, mais c'est la seule bonne manière de jouer le jeu.

Au delà de tous les détail qui parsèment la carte, c'est surtout le fait que tout est auréolé d'une petite histoire, ou d'un mini scénario, rendant le tout vivant. Au fil des pérégrinations et de l'exploration, on fera plus que de juste tomber sur de simples peintures pariétales dans le décor, ou sur une scène de carnage dans une cabane au fond des bois. Il y aura surtout un souci d'écriture autour de ces découvertes. Ce ne sera pas forcément grandiose ou digne d'un récit épique, mais cela donnera de la profondeur à tout ce qui embellit le monde de Red Dead. Les missions annexes en mode facteur requiérant de trouver des objets disséminés sont elles aussi assez travaillées pour donner envie de les faire... Mais même l'oeil le plus vif aura du mal à déceler sans aide tous les trésors enfouis dans les quatres états.

Comme tout jeu Rockstar qui se respecte, on a droit à une critique acerbe de la société. Dans l'Amérique de fin du 19é, on traitera beaucoup de racisme, et on ressent d'ailleurs le gros malaise sur ce sujet tellement il est mis en avant. La fin des guerres de conquête et le sort réservés aux amérindiens, les massacres perpétrés, seront des sujets sensibles mais abordés avec beaucoup d'intelligence. Evidemment, le racisme anti-noirs sera omniprésent dans certaines contrées. Essor industriel et fin de l'age d'or des hors-la-loi dresseront la toile de fond de cette grande fresque, qui n'est certainement pas une leçon d'histoire, mais qui apporte un point de vue contemporain sur une période pas si lointaine.

Après avoir beaucoup parlé de contexte, passons au gameplay, qui est à mon sens l'un des deux points faibles de RDR2. Sous ses airs de TPS classique, le titre doit conjuguer une multitude d'actions diverses, avec des situtations diverses également. Par exemple, on aura pas toujours le même bouton pour ramasser deux choses différentes. Idem pour tirer, il faudra parfois d'abord viser avant de pouvoir faire feu, d'autres fois non. Cela peut mener à des situations désastreuses où on flinguera un pauvre PNJ sans le vouloir. Rageant. La roue qui permet de choisir différents items dans l'inventaire atteint ses limites, avec parfois des mauvais choix effectués. Les gunfights sont quand à eux risibles et nuient carrément à l'immersion : les ennemis débarquent par dizaines, de nulle part même en rase campagne, et se révèlent incapables d'abattre un Arthur à découvert, ce qui incite à foncer dans le tas. Seuls quelques vaillants assaillants seront capables de vous envoyer ad-patres en se ruant sur vous avec une arme blanche. Si les situations sont dignes des plus grands westerns, et des fusillades les plus folles du cinéma, elles retombent bien vite à plat tellement elles manquent de tension.

L'autre point faible, de mon point de vue, est la mise en scène de l'histoire, qui manque parfois de répondant, et qui souffre surtout de longs dialogues après le début d'une mission, lorsque le joueur est sur son cheval pour se rendre là où l'action doit avoir lieu. Classique chez Rockstar, rappelez vous dans GTA, les dialogues parfois difficiles à suivre lorsque vous foncez dans la circulation. Il aurait été ici plus utile de faire transplaner les personnages plutôt que d'imposer des balades à cheval scriptées. N'en restent pas moins certaines cinématiques époustouflantes et des situations absolument épiques. De plus, l'évolution d'Arthur est brillemment retranscrite. La véritable conclusion laissera toutefois un goût d'inachevé, car finalement, l'histoire de RDR2 n'a rien de transcendant, dans le sens où les enjeux des protagonistes restent totalement subjectifs.

Il est temps de mettre un terme à ce pavé. Red Dead Redemption 2 est un jeu hors normes, et à mes yeux un chef d'oeuvre, qui surpasse le déjà magistral Read Dead Redemption. Il est dommage que les employés de Rockstar aient eu à subir autant de pression, et de dépressions parfois, pour que l'on obtienne un produit fini de cette qualité. L'énormité du chantier et les ambition démesurées ne sont pas des excuses pour traiter les petites mains comme des moins que rien. Mais l'expérience qui découle de ce mastodonte, si l'on se donne la peine de s'y investir, est unique en son genre. RDR2 va plus loin que tout ce que vous avez déjà essayé.
 

________________
Par Benben


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